Echos de la Vieille Russie
Par Alexander Sushko (Ph. D.)
Université de Chicago - USA

Ceci est la dissertation accompagnant une exposition de portrait de lévrier, dessiné par N. A. Martinow, par la Société Impériale de la Cour Royale de Russie (1874-1879).

Planche 1 Planche 8 Planche 15 Planche 22
Planche 2 Planche 9 Planche 16 Planche 23
Planche 3 Planche 10 Planche 17 Planche 24
Planche 4 Planche 11 Planche 18 Planche 25
Planche 5 Planche 12 Planche 19 Planche 26
Planche 6 Planche 13 Planche 20 Planche 27
Planche 7 Planche 14 Planche 21 Planche 28

La Chasse pratiquée par les hommes du paléolithique comme moyen de subsistance, devint pendant la période du néolithique la prérogative des personnes ayant le temps et l’argent. Plus tard, cette activité fut réservée aux rois et à la noblesse. A partir des temps “Modernes”, celle-ci devint le privilège des “beati possidentes”.

Très tôt dans l’histoire de l’humanité, le chien fut entraîné et utilisé comme auxiliaire pour la chasse. Mais, la chose la plus remarquable est le fait que le “Barzoï” (Note: Ici, le terme de Barzoï” veut dire lévrier au sens large) a, depuis l’antiquité, toujours été considéré comme le chien de chasse par excellence. Des représentations d’un lévrier couleur jaune sable, de forme longiligne, avec des oreilles dressées et pointues existent depuis longtemps, sur les monuments de l’ancienne Egypte. Il n’est pas impossible que les lévriers présent dans l’est Arabique et dans les Baléares à l’ouest soient les descendants direct de ceux qui sont représentée sur les monuments égyptiens. Ceux de l’est Arabique sont très apprécié en Arabie, en Perse et en Afghanistan et sont connu sous le nom de “Salukis”. Toutefois, ceux-ci diffère des races Européen par les oreilles tombantes. Le “Rampur” des Indes, un lévrier particulièrement puissant, est probablement un descendant du “Saluki”.

L’Europe est-elle la région originel du développement des caractéristiques du “Barzoï” ? Ceci est très certainement possible. Arrian, un écrivain qui vécu au 2 ème siècle de notre ère, décrit dans ses textes, avec entrain, le “chien Gaulois”, une race qui ressemble à tout point de vue au lévrier moderne. Que se soit ses caractéristiques physique ou la façon dont il est employé pour la chasse.

Ovid et Martial mentionnent la même race, l’appelant “canis gallicus”. Son nom espagnol était “Galgo”. Sans aucun doute, celui-ci était un lévrier. Selon un témoignage de “Strabo” (200 de notre ère), les “Britons” élevaient également des lévrier très capable.

Il est pratiquement certain que l’ancien “lévrier Gaulois” fut importé dans l’ouest de l’Europe par les énigmatiques “Cimmérien”, une peuplade occupant les plaines infinies de l’est Européen et de l’Eurasie Centrale, pendant des temps immémoriaux. La passion dévorante pour la chasse à cour, manifestée par les Gaulois, les Francs et les Slaves, descendant direct des “Cimmériens” de l’Eurasie Centrale, est abondamment vérifiée par les sources historiques (archéologie). Mais il est utile de noter que, si la chasse avec des chiens, des faucons et des aigles était la récréation la plus noble de nos ancêtres, le lévrier à toujours été le compagnon de chasse préféré des gentilhomme.

D’apparence légère mais puissamment bâti et d’une élégance rare, avec une tête fine et droite, le “Barzoï” russe a des membres allongé, doté d’une forte musculature. Il a de grand yeux en amande très doux. Sa fourrure fournie, d’un touché soyeux est d’une superbe couleur ivoire, avec de temps à autre des marques foncées sur le dos et la tête. Son ancêtre considéré comme une race hors du commun, connu sous le nom de “lévrier du Kurland” n’existe plus à nos jours. Dans cette optique, je doute fortement que le fameux lévrier de Pologne et particulièrement d’Ukraine élevé avec tant de passion par les grands de ces pays, existe encore.

Il peut être assurément dit, que le “Barzoï” russe de nos jours, possède du sang du “Saluki” asiatique et des races de l’ouest. Pourtant, il est toujours d’une race noble, quoiqu’en en disent les critiques ironiques du périodique “The Old Dog”, publié en Irlande.

Les “Barzoïs” chassent uniquement à vue, bien qu’ayant un odorat très développé. Leurs vitesse à la course est remarquable : il peuvent facilement concurrencer un train rapide pendant une heure (BD - Je suspect que c’est une exagération. La question est ; qu’elle était la vitesse d’un train en 1890 ?)

Dans la vieille russie, les parties de chasse avec des “Barzoïs” étaient, en principe, pratiquées à cheval. Tôt le matin, le groupe comprenant plusieurs centaines de personnes, composé de chasseurs, de maîtres-chiens, de serviteurs et de paysans quittaient la résidence du seigneur. Les chasseurs étaient divisé en deux groupes. Un groupe accompagné de chiens Setter (Krychani) était utilisé comme rabatteur pour forcer le gibier à sortir des fourrés. Une fois le gibier dans la plaine, l’autre groupe le poursuivait à vue avec les “Barzoïs”. Pendant les manoeuvres d’approche et de rabattage du gibier, les “Barzoï” étaient tenu en laisse (swor) par groupe de deux à trois. Trois au maximum, par maître-chien. La chasse à l’anglaise était très populaire en Russie, particulièrement pendant la deuxième moitié du 19 ème siècle.
Le chasseur russe poursuivait principalement le lapin, le renard et le loup. Toutefois, la chasse au loup n’était pas le travail de tous les “Barzoïs”. J’estime que le lévrier le plus capable pour ce genre de travail est le “Khorty” ukrainien. Une superbe narration d’une chasse à l’ukrainienne utilisant le “Khorty”, par mes ancêtres, nous est donnée par J. G. Kohl (1830).
La voici:

A ces "stations" dont les village étaient la propriété d’un seigneur, l’on était certain d’apercevoir en nombre, de superbe spécimen de lévrier. Ceux-ci sont appelé “Barzi” et sont pratiquement les seuls chiens utilisé pour la chasse dans la steppe où une excellente vue est certainement plus importante qu’un odorat bien développé. Il est vrais, que les riches seigneurs de la steppe ont d’autres chiens et quelque fois, organisent des expéditions de chasse sur une grande échelle. Un gentilhomme nommé Skarzinski, qui possède une demeure seigneuriale près de Vosnessenks, a l’habitude d’invité à chaque saison 20 à 30 personnes avec toutes leurs suites à une grande partie de chasse. Quand il se met en route accompagnés de ses invités, quelques 25 dromadaires sont réquisitionnés pour transporter les tentes, la nourriture, les bagages et tout ce qui est nécessaire au confort des hôtes. Même un orchestre d’une trentaine de personnes accompagne l’expédition pour le plaisir des convives après une rude journée de chasse. La domesticité attachée à l’expédition, comprenant 200 à 300 personnes, est composée de paysan, de servant et de chasseur.

Pendant la journée, Skarzinski et ses invités écument la plaine et le soir arrivé, ils rentrent au camp où un somptueux banquet les attends. Après le repas, les convives jouent aux cartes en buvant du champagne au son de l’orchestre. Les journées s’écoulent de cette manière chemin faisant pour aller à "Beisbairak", près "d'Elizabethograd" où ce trouve une vaste plaine très giboyeuse en lapin, renard et loup. Près de cette localité, se rencontre d’autres expéditions de chasse pour ne former qu’une seule et grande troupe autour de Skarzinski. Après plusieurs semaines de chasse et de réjouissance, la saison est close par un grand festival.
La chasse au loup est en elle-même étrange. Dès qu’un fourré abritant une meute de loup est repéré, celui-ci est entouré d’un filet. Devant ces filets ce placent d’abord les convives armés de fusil et derrière eux les paysans armé de fourche et de pique. Ensuite, les conducteur de chien, accompagnés de leurs animaux, pénètrent dans l’enclos formé par les filet en poussant des hurlements pour faire fuir les loups dans la plaine. Je pourrais aisément imiter ce hurlement si particulier, mais pas du tout vous le décrire, car une fois qu’il a retenti a vos oreilles, celui-ci est inoubliable. Les loups qui ont échappé aux coups de fusil, se prennent dans les filets où ils sont capturés et mis à mort par les paysans. Parfois, certains sont pris vivant. Le vrais Cosaque des steppes ne chasse pas au fusil ou à la fourche. Mais, monté sur son cheval, il tue un loup d’un coup de “nagaika” (Couteau, dague, poignard ?) ou de fouet aussi sûrement qu’avec un sabre.

Tout comme le fameux Juliusz Kossak (Père 1824-1898) fut salué comme le plus grand peintre de chevaux et de “Khorty” en Pologne et en Ukraine. De même que P. P. Sokolov fut reconnu universellement comme le plus grand dessinateur russe de scènes réalistique ayant trait à la chasse et aux festivités chevalines dans la vieille russie, Martynow devint le maître incontesté des portraits de “Barzoï”. Ce fait, nous le devons à Mr Alexander Root, lui-même grand amateur de belles chose.

Dans la vieille russie, ce style de peinture animalière était déjà connue au temps de Martynow. Un officier très en vue de la garde impériale, un certain P.V.N., qui résidait à St. Petersburg vers 1720, possédait un équipage de chien dont tous eurent le portrait peint par de jeunes artistes de la métropole. Beaucoup de ceux-ci doivent au gentilhomme “Ismailovetz” leurs études et parfois leurs carrières.

Toujours en russie, le nombre de connaisseurs (nimrods) plus ou moins passionnés était énorme. Il y a une centaine d’année, ceux-ci furent éclipsés par un certain “Pamieshchick” (Un riche propriétaire terrien) qui résidait dans un somptueux domaine, situé dans le gouvernement d’Orlov. Très loin à la ronde, sa passion pour les expéditions de chasse était connue, auxquelles participaient nombre de personnes de hauts rang et personnalités de la fonction publique.
* Ici je me perds en conjecture. Sushkov parle dans le même paragraphe de “Pamieshchick” et de Monsieur “N. K-ij’s”. Est-ce la même personne ou de deux différentes.
La résidence de Monsieur N. K-ij’s consistait de plusieurs grands bâtiments, tous excellemment équipé pour recevoir une centaine de convives. Ceux-ci pouvaient jouir de son hospitalité plusieurs mois durant.

Les expédition de chasse de Monsieur N. K-ij’s étaient, à tout point de vue, remarquable. Ses équipages de chiens de chasse comprenaient plusieurs centaines d’excellent spécimens. Les maîtres-chiens, tous extrêmement compétent, étaient habillé somptueusement. Le seigneur appréciait pardessus tout, les “Barzoïs” de race pure (Ceux sois disant appelé “Chistopsowaya” et “Gustopsowaya”). L’expédition était appelé le matin au son de la “pozov”, un groupe musical de trompettiste et de corne de chasse. La colonne de chasseur, convive, maître-chien et domestique, etc.; s’étirait sur plusieurs kilomètres. Le seigneur lui-même caracolait en tête avec les convives à cheval, les autres suivant dans des calèches.

La collection d’armes à feux de cet extraordinaire gentilhomme était monumentale. Celle-ci consistait de plus d’une centaines de pièces, de fabricant renommé tel que Purdey, Mortimer, Lancaster. Dans cette collection figurait également des armes de grand-maître comme Le Page, le suédois Starbuck et le fameux Lazzarino-Lazzarini d’Espagne. Les armes personnels de Monsieur N. K-ij’s ont été manufacturée par le français Gastine-Renette. Celui-ci mis plus de dix ans à parachevé sa pièce maîtresse.

Voilà ce qu’était le train de vie des nantis de la vieille russie et de leurs expéditions de chasse.

Et même pendant ma jeunesse (1898-1910), j’ai participé à des parties de chasse qui comptaient plus d’un millier de gens.

Martynow était un enfant de ces temps remarquables, qui ne reviendront certainement plus jamais. Il fut un peintre renommé au temps du tsar Nicolas 1er. Il était considéré comme le meilleur par ses pairs de l’Empire. Comme tel il reçut le mandat du ministère du Trésor pour dessiner les vieux monuments de Russie, ainsi que les travaux archéologiques. Le mandat était rémunéré de 3’000 roubles par année. Somme qui, à l’époque, était considérée comme royale. Un album inestimable de ses dessins, fait pendant son mandat, fut archivé par la Société des Amis d’Ancienne Littérature de St. Petersburg, juste avant la “Grande Guerre” (1914-1918). Le restant de ses dessins furent préservés au Musée de la Société d’Archéologie de Moscou.

En dépit du fait que N. A. Martynow était un artiste de grand talent, jouissant d’une grande réputation dans les hautes sphères de la société de la capitale, sa modestie remarquable. En dehors de la Russie, il était méconnu par les académies artistiques et son décé passa complètement inaperçu par ses pairs. Ses aquarelles et ses dessins de superbes “Barzoï” appartenant à des membres de la famille impériale et à des représentants des plus illustres famille de la Russie d’alors (1864-1879), furent récemment exporter du pays, sans que l’on remarque quoi que se soit.

Nous croyons que N. A. Martynow fut le fils du célèbre Andreï Efymovitch Martynow (1768-1826), un talentueux peintre académicien de la période de la Grande Catherine et du tsar Alexandre 1er. Le temps qui voyait les grands de Russie chasser sur les plaines infinies de la Russie “sacrée”, avec des centaines de “Barzoï” et d’autres magnifiques chiens de chasse appartient au passé. Il est pourtant certain, que la prochaine génération de la Russie moderne dira à ses enfants et à leurs arrièes-petits enfants comment leurs ancêtres prenaient plaisir à chasser sur les plaines les lapins, les renards et les loups en compagnie de leurs amis, leurs maîtres-chiens, leurs paysans au milieux des aboiements de magnifiques chiens de chasse… Les splendides portraits de Martynow sont maintenant publiés en Amérique par des Américains de souche Russe, qui nous ferons penser à ces jours glorieux de notre jeunesse, disparu à jamais.

Je remercie Bonnie Dalzell pour l'autorisation d'utiliser le contenu de cette page.